Promenez-vous dans Paris le soir. Allez vers l'île Saint Louis, le pont des arts, les quais de Seine. Et regardez les terrasses de café. Vous êtes sûrs d'y trouver Lucie. Elle y passe ses soirées, seule ou avec des amis. Seule la plupart du temps. Et pourtant ce ne sont pas les propositions qui manquent. Mais Lucie préfère être seule, prendre deux ou trois cafés de suite, fumer sa cigarette, écouter sa musique, regarder les dernières photos qu'elle a pu prendre, dessiner, écrire ou tout simplement sentir le vent frais sur son visage. A 17 ans, Lucie se drogue déjà. A la vie. Elle dit qu'elle n'a pas de passion, parce que pour elle, tout est passion. Courir dans les champs quand elle en a l'occasion, faire des blagues, embêter les passants, fumer, s'allumer un joint de temps en temps, sortir, s'amuser d'un rien, prendre des risques. Et des risques elle en prend, elle n'hésite pas à se bouffer la santé en buvant trop de cocktails à une soirée, en inhalant toutes sortes de substances, en couchant avec le premier venu et en avortant le lendemain. Lucie sait que la vie est éphémère, Lucie sait qu'un jour, sur son lit de mort, elle se rendra compte que tout ça n'avait pas d'importance et que lutter toute sa vie pour des choses qui au bout de 90 ans, ne comptent plus, c'est illusoire. Lucie a envie de rire jusqu'à la dernière minute, de se taper un dernier délire avant de mourir, en repensant à toutes les choses géniales qu'elle aura faites, et en ne regrettant rien. Parce que pour Lucie, la vie est un jeu, réel et cruel, avec ses cases prisons, ses pièges, ses « retour à la case départ », mais dont l'unique règle est de profiter un maximum avant d'arriver enfin au « game over » qui n'admet pas de « try again ». Lucie sait qu'elle n'a pas plusieurs vies comme dans les jeux, qu'il n'y a pas de potions magiques, de sites avec les réponses et les astuces pour tricher. On ne triche pas avec la Vie.
Sauf que Lucie n'existe plus. Son esprit est enfermé dans un corps immobile depuis des mois. Et son corps est enfermé dans un coma idyllique probablement irréversible. Et je sais qu'au fond de son corps, elle se marre, elle se moque de tous ces gens raisonnables qui gâchent leur vie, parce qu'elle, elle a réussi, au fond, même à demi morte, elle est toujours là.